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REGARDE BIEN PETIT


1968

 

Regarde bien petit, regarde bien

Sur la plaine là-bas

A hauteur des roseaux

Entre ciel et moulin

Y a un homme qui vient

Que je ne connais pas

Regarde bien petit, regarde bien

 

Est-ce un lointain voisin

Un voyageur perdu

Un revenant de guerre

Un montreur de dentelles

Est-ce un abbé porteur

De ces fausses nouvelles

Qui aident à vieillir

Est-ce mon frère qui vient

Me dire qu'il est temps

D'un peu moins nous hafr

ou n'est-ce que le vent

oui gonfle un peu le sable

Et forme des mirages

Pour nous passer le temps

 

Ce n'est pas un voisin

Son cheval est trop fier

Pour être de ce coin

Ou revenir de guerre

Ce n'est pas un abbé

Son cheval est trop pauvre

Pour être paroissien

Ce n'est pas un marchand

 

Son cheval est trop clair

Son habit est trop blanc

Et aucun voyageur

N'a plus passé le pont

Depuis la mort du père

Ni ne sait nos prénoms

 

Non ce n'est pas mon frère

Son cheval aurait bu

Non ce n'est pas mon frère

Il ne l'oserait plus

Il n'est plus rien ici

Qui puisse le servir

Non ce n'est pas mon frère

Mon frère a pu mourir

Cette ombre de midi

Aurait plus de tourment

S'il s'agissait de lui

Allons c'est bien le vent

Qui gonfle un peu le sable

Pour nous passer le temps

 

Regarde bien petit, regarde bien

Sur la plaine là-bas

A hauteur des roseaux

Entre ciel et moulin

Y a un homme qui part

Que nous ne saurons pas

Regarde bien petit, regarde bien

Il faut sécher tes larmes

Y a un homme qui part

Que nous ne saurons pas

Tu peux ranger les armes.