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ORLY


1977

 

Ils sont plus de deux mille

Et je ne vois qu'eux deux

La pluie les a soudés

Semble-t-il l'un à l'autre

Ils sont plus de deux mille

Et je ne vois qu'eux deux

Et je les sais qui parlent

Il doit lui dire je t'aime

Elle doit lui dire je t'aime

Je crois qu'ils sont en train

De ne rien se promettre

Ces deux-là sont trop maigres

Pour être malhonnêtes

 

Ils sont plus de deux mille

Et je ne vois qu'eux deux

Ft brusquement il pleure

Il pleure à gros bouillons

Tout entourés qu'ils sont

D'adipeux en sueur

Et de bouffeurs d'espoir

Qui les montrent du nez

Mais ces deux déchirés

Superbes de chagrin

Abandonnent aux chiens

L'exploit de les juger

 

La vie ne fait pas de cadeau

Et nom de Dieu c'est triste Orly

Le dimanche

Avec ou sans Bécaud

 

Et maintenant ils pleurent

Je veux dire tous les deux

Tout à l'heure c'était lui

Lorsque je disais &laqno; il »

Tout encastrés qu'ils sont

Ils n'entendent plus rien

Que les sanglots de l'autre

Et puis,

Et puis infiniment

Comme deux corps qui prient

Infiniment lentement

Ces deux corps se séparent

Et en se séparant

Ces deux corps se déchirent

Et je vous jure qu'ils crient

Et puis ils se reprennent

Redeviennent un seul

Redeviennent le feu

Et puis se redéchirent

Se tiennent par les yeux

Et puis cn reculant

Comme la mer se retire

Il consomme l'adieu

Il bave quelques mots

Agite une vague main

Et brusquement il fuit

Fuit sans se retourner

Et puis il disparaît

Bouffé par l'escalier

 

La vie ne fait pas de cadeau

Et nom de Dieu c'est triste Orly

Le dimanche

Avec ou sans Bécaud

 

Et puis il disparaît

Bouffé par l'escalier

Et elle, elle reste là

Coeur en croix, bouche ouverte

Sans un cri sans un mot

Elle connaît sa mort

Elle vient de la croiser

Voilà qu'elle se retourne

Et se retourne encore

Ses bras vont jusqu'à terre

 

Ça y est elle a mille ans

La porte est refermée

La voilà sans lumière

Elle tourne sur elle-mème

Et déjà elle sait

Qu'elle tournera toujours

Elle a perdu des hommes

Mais là elle perd un amour

L'amour le lui a dit

Revoilà l'inutile

Elle vivra de projets

Qui ne feront qu'attendre

La revoilà fragile

Avant que d'être à vendre

 

Je suis là je la suis

Je n'ose rien pour elle

Que la foule grignote

Comme un quelconque fruit.