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MON ENFANCE


1967

 

Mon enfance passa

De grisailles en silences

De fausses révérences

En manque de batailles

L'hiver j'étais au ventre

De la grande maison

Qui avait jeté l'ancre

Au nord parmi les joncs

L'été à moitié nu

Mais tout à fait modeste

Je devenais indien

Pourtant déjà certain

Que mes oncles repus

M'avaient volé le Far West

 

Mon enfance passa

Les femmes aux cuisines

Où je rêvais de Chine

Vieillissaient en repas

Les hommes au fromage

S'enveloppaient de tabac

Flamands taiseux et sages

Et ne me savaient pas

Moi qui toutes les nuits

Agenouillé pour rien

Arpégeais mon chagrin

Au pied du trop grand lit

Je voulais prendre un train

Que je n'ai jamais pris

 

Mon enfance passa

De servante en servante

Je m'étonnais déjà

Qu'elles ne fussent point plantes

Je m'étonnais encore

De ces ronds de famille

Flânant de mort en mort

Et que le deuil habille

Je m'étonnais surtout

D'être de ce troupeau

Qui m'apprenait à pleurer

Que je connaissais trop

J'avais I'oeil du berger

Mais le coeur de l'agneau

 

Mon enfance éclata

Ce fut l'adolescence

Et le mur du silence

Un matin se brisa

Ce fut la première fleur

Et la première fille

La première gentille

Et la première peur

Je volais je le jure

Je jure que je volais

Mon coeur ouvrait les bras

Je n'étais plus barbare

 

Et la guerre arriva

 

Et nous voilà ce soir.