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LES TIMIDES


1964

 

Les timides

Ça se tortille

Ça s'entortille

Ça sautille

Ça se met en vrille

Ça se recroqueville

Ça rêve d'être un lapin

Peu importe

D'où ils sortent

Mais feuilles mortes

Quand le vent les porte

Devant nos portes

On dirait qu'ils portent

Une valise dans chaque main

 

Les timides

Suivent l'ombre

L'ombre sombre

De leur ombre

Seule la pénombre

Sait le nombre

De leurs pudeurs de Levantin

Ils se plissent

Ils pâlissent

Ils jaunissent

Ils rosissent

Ils rougissent

S'écrevissent

Une valise dans chaque main

 

Mais les timides

Un soir d'audace

Devant leur glace

Rêvant d'espace

Mettent leur cuirasse

Et alors place

Allons Paris tiens-toi bien

Et vive la gare

St-Lazare

Mais on s'égare

On s'effare

On se désempare

Et on repart

Une valise dans chaque main

 

Les timides

Quand ils chavirent

Pour une Elvire

Ont des soupirs

Ont des désirs

Qu'ils désirent dire

Mais ils n'osent pas bien

Et leurs maîtresses

Plus prêtresses

En ivresse

Qu'en tendresse

Un soir les laissent

Du bout des fesses

Une valise dans chaque main

 

Les timides

Alors vieillissent

Alors finissent

Se rapetissent

Et quand ils glissent

Dans les abysses

Je veux dire quand ils meurent

N'osent rien dire

Rien maudire

N'osent frémir

N'osent sourire

Juste un soupir

Et ils meurent

Une valise sur le coeur.