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LES FENETRES


1963

 

Les fenêtres nous guettent

Quand notre coeur s'arrête

En croisant Louisette

Pour qui brûlent nos chairs

Les fenêtres rigolent

Quand elles voient la frivole

Qui offre sa corolle

A un clerc de notaire

Les fenêtres sanglotent

Quand à l'aube falote

Un enterrement cahote

Jusqu'au vieux cimetière

Mais les fenêtres froncent

Leurs corniches de bronze

Quand elles voient les ronces

Envahir leur lumière

 

Les fenêtres murmurent

Quand tombent en chevelure

Les pluies de la froidure

Qui mouillent les adieux

Les fenêtres chantonnent

Quand se lève à l'autornne

Le vent qui abandonne

Les rues aux amoureux

Les fenètres se taisent

Quand l'hiver les apaise

Et que la neige épaisse

Vient leur fermer les yeux

Mais les fenêtres jacassent

Quand une femme passe

Qui habite l'impasse

Où passent les Messieurs

 

La fenêtre est un oeuf

Quand elle est oeil-de-boeuf

Qui attend comme un veuf

Au coin d'un escalier

La fenêtre bataille

Quand elle est soupirail

D'où le soldat mitraille

Avant de succomber

Les fenêtres musardent

Quand elles sont mansardes

Et abritent les hardes

D'un poète oublié

Mais les fenêtres gentilles

Se recouvrent de grilles

Si par malheur on crie

Vive la liberté

 

Les fenêtres surveillent

L'enfant qui s'émerveille

Dans un cercle de vieilles

A faire ses premiers pas

Les fenêtres sourient

Quand quinze ans trop jolis

Et quinze ans trop grandis

S'offrent un premier repas

Les fenêtres menacent

Les fenêtres grimacent

Quand parfois j'ai l'audace

D'appeler un chat un chat

Mais les fenêtres me suivent

Me suivent et me poursuivent

Jusqu'à ce que peur s'ensuive

Tout au fond de mes draps

 

Les fenêtres souvent

Traitent impunément

De voyous des enfants

Qui cherchent qui aimer

Les fenêtres souvent

Soupçonnent ces manants

Qui dorment sur les bancs

Et parlent l'étranger

Les fenêtres souvent

Se ferment en riant

Se ferment en criant

Quand on y va chanter

Ah ! je n'ose pas penser

Qu'elles servent à voiler

Plus qu'à laisser entrer

La lumière de l'été

 

Non je préfère penser (bis)

Qu'une fenêtre fermée

Ça ne sert qu'à aider

Les amants à s'aimer.