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LE DIABLE (CA VA)


1953

 

Prologue

Un jour le Diable vint sur terre, un jour le Diable vint sur terre pour surveiller ses intérêts, il a tout vu le Diable, il a tout entendu, et après avoir tout vu, après avoir tout entendu, il est retourné chez lui, là-bas.

Et là-bas, on avait fait un grand banquet, à la fin du banquet, il s'est levé le Diable, il a prononcé un discours et en substance il a dit ceci, il a dit :

 

Il y a toujours un peu partout

Des feux illuminant la terre

Ça va

Les hommes s'amusent comme des fous

Aux dangereux jeux de la guerre

Ça va

Les trains déraillent avec fracas

Parce que les gars pleins d'idéal

Mettent des bombes sur les voies

Ça fait des morts originales

Ça fait des morts sans confession

Des confessions sans rémission

Ça va

 

Rien ne se vend mais tout s'achète

L'honneur et même la sainteté

Ça va

Les Etats se muent en cachette

En anonymes sociétés

Ça va

Les grands s'arrachent les dollars

Venus du pays des enfants

L'Europe répète l'Avare

Dans un décor de mil neuf cent

Ça fait des morts d'inanition

Et l'inanition des nations

Ça va

 

Les hommes ils en ont tant vu

Que leurs yeux sont devenus gris

Ça va

Et l'on ne chante même plus

Dans toutes les rues de Paris

Ça va

On traite les braves de fous

Et les poètes de nigauds

Mais dans les journaux de partout

Tous les salauds ont leur photo

Ça fait mai aux honnêtes gens

Et rire les malhonnètes gens.

Ça va ça va ça va ça va.