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JE SUIS UN SOIR D'ETE


1968

 

Et la sous-préfecture

Fête la sous-préfète

Sous le lustre à facettes

Il pleut des orangeades

Et des champagnes tièdes

Et les propos glacés

Des femelles maussades

De fonctionnarisés

 

Je suis un soir d'été

 

Aux fenêtres ouvertes

Les dîneurs familiaux

Repoussent leurs assiettes

Et disent qu'il fait chaud

Les hommes lancent des rots

De chevaliers teutons

Les nappes tombent en miettes

Par-dessus les balcons

 

Je suis un soir d'été

 

Aux terrasses brouillées

Quelques buveurs humides

Parlent de haridelles

Et de vieilles perfides

C'est l'heure où les bretelles

Soutiennent le présent

Des passants répandus

Et des alcoolisants

 

Je suis un soir d'été

 

De lourdes amoureuses

Aux odeurs de cuisine

Promènent leur poitrine

Sur les flancs de la Meuse

Il leur manque un soldat

Pour que l'été ripaille

Et monte vaille que vaille

Jusqu'en haut de leurs bas

 

Je suis un soir d'été

 

Aux fontaines les vieux

Bardés de références

Rebroussent leur enfance

A petits pas pluvieux

Ils rient de toute une dent

Pour croquer le silence

Autour des filles qui dansent

A la mort d'un printemps

 

Je suis un soir d'été

 

La chaleur se vertèbre

Il fleuve des ivresses

L'été a ses grand-messes

Et la nuit les célèbre

La ville aux quatre vents

Clignote le remords

Inutile et passant

De n'être pas un port

 

Je suis un soir d'été.