Make your own free website on Tripod.com

CES GENS LA...


1965

 

D'abord il y a l'aîné

Lui qui est comme un melon

Lui qui a un gros nez

Lui qui sait plus son nom

Monsieur tellement qui boit

Ou tellement qu'il a bu

Qui fait rien de ses dix doigts

Mais lui qui n'en peut plus

Lui qui est complètement cuit

Et qui se prend pour le roi

Qui se saoule toutes les nuits

Avec du mauvais vin

Mais qu'on retrouve matin

Dans l'église qui roupille

Raide comme une saillie

Blanc comme un cierge de Pâques

Et puis qui balbutie

Et qui a I'oeil qui divague

Faut vous dire Monsieur

Que chez ces gens-là

On ne pense pas Monsieur

On ne pense pas on prie

 

Et puis, il y a l'autre

Des carottes dans les cheveux

Qu'a jamais vu un peigne

Ouest méchant comme une teigne

Même qu'il donnerait sa chemise

A des pauvres gens heureux

Qui a marié la Denise

Une fille de la ville

Enfin d'une autre ville

Et que c'est pas fini

Qui fait ses petites affaires

Avec son petit chapeau

Avec son petit manteau

Avec sa petite auto

Qu'aimerait bien avoir l'air

Mais qui n'a pas l'air du tout

Faut pas jouer les riches

Quand on n'a pas le sou

Faut vous dire Monsieur

Que chez ces gens-là

On ne vit pas Monsieur

On ne vit pas on triche

 

Et puis, il y a les autres

La mère qui ne dit rien

Ou bien n'importe quoi

Et du soir au matin

Sous sa belle gueule d'apôtre

Et dans son cadre en bois

Il y a la moustache du père

Qui est mort d'une glissade

Et qui recarde son troupeau

Bouffer la soupe froide

Et ça fait des grands flchss

Et ça fait des grands flchss

Et puis il y a la toute vieille

Qu'en finit pas de vibrer

Et qu'on n'écoute même pas

Vu que c'est elle qu'a l'oseille

Et qu'on écoute même pas

Ce que ses pauvres mains racontent

Faut vous dire Monsieur

Que chez ces gens-là

On ne cause pas Monsieur

On ne cause pas on compte

 

Et puis et puis

Et puis il y a Frida

Qui est belle comme un soleil

Et qui m'aime pareil

Que moi j'aime Frida

Même qu'on se dit souvent

Qu'on aura une maison

Avec des tas de fenêtres

Avec presque pas de murs

Et qu'on vivra dedans

Et qu'il fera bon y être

Et que si c'est pas sûr

C'est quand même peut-être

Parce que les autres veulent pas

Parce que les autres veulent pas

Les autres ils disent comme ça

Qu'elle est trop belle pour moi

Que je suis tout juste bon

A égorger les chats

J'ai jamais tué de chats

Ou alors y a longtemps

Ou bien j'ai oublié

Ou ils sentaient pas bon

Enfin ils ne veulent pas

Parfois quand on se voit

Semblant que c'est pas exprès

Avec ses yeux mouillants

Elle dit qu'elle partira

Elle dit qu'elle me suivra

Alors pour un instant

Pour un instant seulement

Alors moi je la crois Monsieur

Pour un instant

Pour un instant seulement

Parce que chez ces gens-là

Monsieur on ne s'en va pas

On ne s'en va pas Monsieur

On ne s'en va pas

Mais il est tard Monsieur

Il faut que je rentre chez moi.